C'est comme après une nuit. On se souvient de quelques images de rêves partiellement effacés. Les couleurs ont été oubliées, on est entre chien et loup.
Il s'agit d'une manière impérative et vitale de se souvenir du lieu, de la rue, du paysage d'où l'on vient. 
Les endroits sont familiers, bien sûr, mais où se trouve la maison, quelle est cette ligne d'horizon et surtout quand : c'était sans doute hier à des années lumière ou dans longtemps prochain, qui sait?
C'est comme un voyage où l'on arrive trop tard à destination. Toutes les portes sont fermées, seule une lumière brille là bas, plus loin.
On se croirait dans un vieux film en noir et blanc. C'est le soir, la nuit tombe, qui est le chien, qui est le loup?
Noir et blanc et gris, un nuage qui flotte. Des oiseaux se rassemblent, des nuées envahissent le ciel. Les contours sont mal définis, où commence l'image, où finit-elle?
Il y a dans les photographies de MoBe ce commencement terrible dont parle Rainer Maria Rilke et l'émotion est là. 
Une fenêtre est éclairée dans la maison au bout de la rue et pourtant il ne fait pas encore nuit, qui est le chien, qui est le loup?
Les paysages sont vides et pourtant les lieux sont habités. 
Le noir n'est pas vraiment noir, le blanc pas vraiment blanc, une porte s'est ouverte sur des souvenirs de demain et la maison est hospitalière. 
D.M