Cette série photographique s'artitucule autour de l'histoire d'amour désespèrée de Pan pour Syrinx. Les photographies de nus présentées ici et sur lesquelles se projettent un imaginaire coloré sont donc une étrange alliance d'arcadie et de sensualité de chair et d'os. Elles sont dotées d'une esthétique qui sculpte par la projection des modèles vivants.

Le personnage de Pan incarne un dieu rustique à la figure joviale. Cette divinité représentée avec un torse humain, des oreilles pointues, des pieds et des cornes de chèvre habite les bois. Dans les Métamorphoses, Ovide raconte que Syrinx est une hamadryade arcadienne (nymphe des bois qui vit à l'intérieur d'un arbre et meurt avec lui). Pan en tombe amoureux et la poursuit de ses ardeurs. Elle prend alors la fuite à travers champs. Poursuivie par le dieu, elle court ainsi à perdre haleine jusqu’aux bords sablonneux du paisible fleuve Ladon. Elle prie alors ses sœurs du fleuve de la métamorphoser. Le dieu se précipite et... désappointé, n’enlace que les roseaux du marais. Il soupire de douleur et l’air qu’il expire, traversant les longues tiges, produit une sourde plainte. Séduit par cette mélodie nouvelle qui sied si bien à son humeur devenue morose, il se radoucit et murmure à l’adresse de la nymphe : « Pour moi, ces plantes resteront le moyen de te parler toujours ». Il coupe alors des roseaux d’inégale longueur. Avec de la cire, il les colle les uns aux autres. Ainsi naît entre ses mains la flûte de Pan. La flûte que l’on appelle aussi du beau nom de celle pour qui Pan jouera toujours des airs désespérés. Syrinx...

Pan est une figure allégorique de la liberté créatrice. A travers le mythe, cette série raconte de manière subjective l'instant le plus dramatique de la vie du faune, celui qui le fait passer de l'être espiègle et lubrique à un être ironique, nostalgique et créateur.

A travers ce récit photographique, les images de Pan trahissent une sorte de résignation de celui qui a été trahi par la nymphe, qui a recherché une jouissance optimale et ne l'a pas obtenue. Il faut se rappeler que Pan est également le Dieu des cultes pastoraux et qu'il signifie Tout. Ce nom lui fut donné par les Dieux non seulement parce que tous lui ressemblent dans une certaine mesure par leur avidité; mais aussi parce qu'il incarne une tendance propre à tout l'univers et sa mort signifie la fin d'une société. Curieuse évolution d'un symbole d'histoire qui passe du débridement sexuel à un ordre social et dont la disparition entrevue plonge dans le désespoir, parce qu’il a perdu son énergie vitale.